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Inscrit le : 03 Juil 2008
lettre ouverte à l'happah
par claudec Aujourd’hui à 14:17Bonjour Messieurs
J’ai mené durant 40 ans une carrière scientifique dans l'océanographie, et je suis passionné moi aussi comme bon nombre de nos concitoyens par l'histoire de mon pays et de ma région. D’ailleurs à ce titre (d'océanographe) il m'est arrivé de contacter la drashme de Marseille afin de leur montrer des amphores recueillies par nos navires, pour étude.
Je lis depuis quelques temps vos débats sur ce forum, et suis surpris par votre attitude que je qualifierai de passéiste. Vous donnez une image de la science, en général, et de l'archéologie, en particulier, très réductrice. Seul, à mes yeux, Mr Guerlach me parait constructif présentant une vision beaucoup plus réaliste et ouverte de l’archéologie. C’est un comble pour un non archéologue professionnel.
Il est, de plus, un des seuls dans ce débat à révéler son identité et je reconnais que cela dénote un certain courage.
Votre forum présenterait un énorme intérêt s’il était moins réducteur et plus ouvert aux autres courants de pensée. Vous auriez, il me semble, gagné en clarté à d’abord poser l’ensemble du problème qui touche au pillage archéologique et qui va, vous en conviendrez, bien au-delà de l'utilisation des détecteurs de métaux. C’est donc en cela que je trouve votre analyse réductrice.
Pour ma part, je compte 4 causes responsables chacune à son niveau du pillage archéologique.
La 1ere : l’utilisation des détecteurs de métaux qui dans le contexte actuel sans structures sans encadrement nuit évidemment à la préservation du patrimoine et débouche aujourd’hui sur une perte d'information considérable et préjudiciable à l'archéologie. Contrairement à vous, je ferai une différence, et de taille, entre les voleurs/pilleurs et les détectoristes dans leur ensemble. Les voleurs, on les rencontre dans tous les domaines de notre société, ils sévissaient avant l'apparition des détecteurs et ils continueront après. Les lois n'ont pas fait disparaître hélas la délinquance petite ou grande - cela se saurait. Mais je suis évidemment pour leur application. Néanmoins, vouloir à tous prix faire l'amalgame est une erreur grossière et volontaire qui jette - à mon sens - le discrédit sur votre action. Pourquoi? Tout simplement parce que le détectoriste lambda, c'est le français moyen qui grâce à l'apparition des détecteurs s’est passionné pour la découverte de son passé. L’apparition du détecteur comme avancée technologique devient un phénomène de société. Bien compris, il pourrait donner à la science archéologique le coup de pouce dont elle a bien besoin pour sortir du marasme dans lequel elle se trouve. Il y a dans ce phénomène une véritable demande sociale à laquelle vous vous obstinez à ne pas répondre.
Grâce au développement des technologies la recherche avance de plus en plus vite en conformité avec la société (grâce notamment à internet). Vouloir se couper de cet apport de masse essentiel est une erreur qui démontre que vous restez les tenants d'une archéologie confidentielle (celle des érudits) datant du siècle dernier. Il est vrai que l’on ne révolutionne pas une institution d'un coup de baguette magique car les freins aux changements et à l’évolution sont multiples, et de tous temps les progressistes ont eu maille à partir avec les tenants du passé. Il n’y a pas longtemps encore on appelait cela l'obscurantisme.
Aujourd’hui la science n'est plus confidentielle et elle s'oriente de plus en plus vers la masse. Toutes les études de quotas de pêche le démontrent; sans les professionnels de la pêche qui sont sur le terrain aucune étude sérieuse n'aurait pu voir le jour. Mais ce qui est simple aujourd’hui, a demandé des années d’explication pour convaincre et aboutir à ce résultat. Vous en êtes encore très loin en archéologie. Plus la base de données sera large et plus les études seront réalistes.
La 2eme attaque grave sur le patrimoine provient de la spéculation foncière. M. Delestrée l’explique d'ailleurs très bien. Mais là, visiblement, vous restez muets. Finies les envolées lyriques, fini de jouer les robins des bois, vous êtes totalement absents, et j'avoue que là, c'est un sacré vide dans votre analyse. Je reconnais que ce n'est pas simple et qu’il faut beaucoup de courage.
Mais les pseudos de certains devraient vous aider dans cette démarche car traiter du pillage en fermant les yeux sur celui là, j’avoue que vous faites fort.
Quant au 3eme phénomène qui est l'incurie de notre système, M. Delestrée le soulève d’ailleurs, et pour l'avoir vécu moi même je reconnais qu’il a parfaitement raison. Il est malheureusement vrai, hélas, que bon nombre d’études ne sont, soit non entreprises, soit non publiées (alors que le matériel a été prélevé) et cela c'est du pillage pur et simple dont VOUS êtes responsables. Aujourd’hui les choses vont si vite qu’une étude non réalisée dans les années qui suivent les prélèvements devient complètement obsolète et les matériaux inutilisables. En aparté; je n ai pas apprécié votre attitude à l'égard de M. Delestrée qui en tant que scientifique dévoile son identité et je trouve qu’il serait courageux que vous fassiez de même. J’ai des exemples de destructions de campagnes océanographiques non publiées ou non soumises à étude. Quand on sait le salaire moyen charges comprises d’un scientifique (archéologue ou non) sur la totalité d’une carrière, on peut comprendre aisément que la clarté des études ne serait pas une mauvaise chose (j’ai compté en moyenne 2.5 millions d’euros). Si vous les divisez par le nombre de publications...!!! Et je sais de quoi je parle. N’oublions pas que ce sont les deniers de ceux que vous appelez : les pilleurs.
Pour terminer le 4ème et dernier point.
C’est la loi de 89, que vous avez voulu répressive et qui aujourd’hui est totalement déconnectée du phénomène. C’est elle qui par son inadaptation est responsable de la perte considérable d’informations. Il est vrai qu’elle est indispensable pour les vrais pilleurs mais totalement inadaptée pour les détectoristes lambda, parce qu’elle a à faire face à un phénomène de société que vous n'aviez pas prévu. Vouloir aujourd’hui verrouiller le tout s’est se mutiler, se couper de l’espoir de la fameuse base de données indispensable à une recherche de qualité. L’utilisation des détecteurs est devenue un véritable phénomène social et j'estime que c'est une chance pour l'archéologie, pour vous les archéologues qui avaient la connaissance. Dans mon organisme on recrutait des gens que l’on payait pour constituer la base de données. Aujourd’hui des milliers de bénévoles, de passionnés vous l’offrent et vous la refusez, c’est un véritable crime scientifique dont vous serez tenus plus tard responsables devant la communauté des citoyens. En voulant ignorer cela vous condamnez l’archéologie et vous avec à une mort lente programmée.
Respectueusement
C. Carries